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Gardons la mémoire intacte !

Afin de garder intacte la mémoire du passé récent de notre village,
je vous propose dans ce chapitre,
une vue du "Saissac" de environ 1900 à 1990.

Vous y retrouverez des scènes de vie, des "figures" locales, des manifestations et bien d'autres sujets.

A bientôt !

 

Ce blog à pour but de faire perdurer notre mémoire,
aussi,
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Il y a cent ans ... SEVERAC Auguste !


Il y a cent ans,
il tombait au champ d'honneur

SEVERAC Auguste

Enfant de Saissac
tué au combat
à Mesnil les Hurlus
le 16 Mars 1915.

Severac auguste 160315

Il y a cent ans ... ESCANDE Elizée !


Il y a cent ans,
il tombait au champ d'honneur

ESCANDE Elizée

Enfant de Saissac
tué au combat
à Bois Sabot
le 9 Mars 1915.

Escande elizee 090315

Un héros ordinaire ! Bertrand Lamourelle

Bertrand Lamourelle

 

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A la veille de l'anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, on ne peut que se souvenir des combats qui marquèrent notre région à la Libération et qui virent la mort de nombreux résistants. Ce fut le cas de Bertrand Lamourelle, tué à 20 ans, lors des affrontements qui opposèrent son maquis, le corps franc de la Montagne Noire, aux forces ennemies.

«Le patriotisme, c'est une conscience droite, c'est une susceptibilité ultrasensible sur le chapitre de l'honneur et du devoir.» (B.-Lamourelle).

Né le 2 janvier 1924, B.-Lamourelle est le petit-fils d'Alphonse Lamourelle, le fondateur de la principale entreprise de tri de chiffons carcassonnaise. Après avoir obtenu le baccalauréat (série mathématiques), il est, à la fin de l'année 1943, en première année de l'Ecole supérieure de commerce de Toulouse, mais, en contact avec les milieux de la Résistance, il veut s'engager militairement en toute conscience des risques encourus. C'est ce qu'il fait en juin 1944 en gagnant le Corps Franc de la Montagne Noire ; il laisse une note destinée à ses parents : «Le patriotisme c'est une conscience droite, c'est une susceptibilité ultrasensible sur le chapitre de l'honneur et du devoir. C'est le respect de la parole donnée. Pour finir, c'est accepter de se faire casser la pipe pour barrer la force brutale, soutenir le faible, défendre la justice, rendre témoignage à la liberté, pour que son pays sauve son honneur».

Le Corps Franc de la Montagne Noire

Depuis 1943, des réfractaires au service du travail obligatoire et aux chantiers de jeunesse se sont réfugiés dans la région du Lampy et d'Arfons et le Corps Franc de la Montagne Noire va se former par la fusion de groupes de combattants déjà constitués, venus du Tarn, de l'Hérault, de la Haute-Garonne et de l'Aude, au début de 1944. L'ensemble, commandé par Roger Mompezat, regroupe à partir de juin quatre camps autour de la forêt de Ramondens, distants de 5-km à vol d'oiseau et sur une aire de 50-km2 environ, pour un effectif qui approche 600 hommes, au moment du débarquement de Normandie. De leurs bases montagnardes, les maquisards mènent plusieurs opérations couronnées de succès dans l'Aude et dans le Tarn. Les Allemands, se sentant sous la menace constante de ces raids qu'ils ne peuvent prévoir, déclenchent, du 20-au 25-juillet, une violente attaque sur la Galaube avec de gros effectifs et l'aide de l'aviation. Les pertes dans les rangs des résistants sont élevées et les chefs prennent la seule parade possible en raison de la disproportion des forces en présence : la dispersion des maquisards pour échapper à l'étreinte allemande puis leur regroupement dans l'Hérault pour continuer la lutte.

Le dernier combat

Effectivement, à partir du 17-août, le CFMN s'attaque à la dix-neuvième armée allemande qui fait retraite vers la vallée du Rhône et c'est lors de l'un de ces combats, au pont de la Mouline (au nord de Saint-Pons) qu'est tué Bertrand Lamourelle, le 23. Ce jour-là, 120 hommes du Corps Franc affrontent un ennemi bien supérieur en nombre, qui réussit à prendre dans une véritable nasse les résistants. Ces derniers font perdre à l'ennemi une centaine de combattants, le retiennent une demi-journée mais, au témoignage du commandant Mompezat : «Lamourelle Bertrand, qui s'est battu comme un lion, roule à terre, son fusil- mitrailleur à la main, en criant : Vive la France !».

Lamourelle 5Cérémonie au monument du Corps Franc à Saissac,
en présence de la mère de B Lamourelle.

Lamourelle 3

Lamourelle 1

Lamourelle 2

Il y a cent ans ... OPPORTUN Vincent !


Il y a cent ans,
il était tué au combat !

OPPORTUN Vincent

Enfant de Saissac
tué au combat
le 3 Mars 1915.

Opportun vincent

La vie à Saissac en 39-45 (4)

OCCUPATION DE LA ZONE SUD

 

En 1942 la deuxième moitié de la France fut occupée.  La  première armée arriva dans le Sud-ouest,  elle installa son quartier général à Toulouse.

La ville de Castres fut occupée le  18 novembre.

Selon toute vraisemblance, la  préoccupation première  était d’ordre stratégique.

 Venant de Carcassonne, deux contingents occupèrent  Saissac  et Cuxac-Cabardès, villages chefs-lieux de canton situés  chacun sur une route coupant la Montagne Noire (classées alors nationale 118 Mazamet–Carcassonne et la 629 Revel-Carcassonne).

A   Saissac,  ils réquisitionnèrent  des jeunes du village pour essarter  dans le bois communal de l’Alquier   au lieu-dit Mountosi. 

Cet  endroit, situé entre la route 629 et la limite de partage des versants, est un couloir naturel  situé  entre les deux vallées Sor et Lampy, (vallées  difficilement franchissables  par du  matériel lourd).

 Après l’essartage, quelques jours après, des mines furent posées dans ce couloir.

A   Saissac la pose de barrières, la mise en place de sentinelles et du couvre-feu; furent des mesures immédiates.

Un événement  fit  prendre conscience  des dangers  qu’il y avait à ne pas les respecter.

 

PREMIER DANGER

 

 François Bastoul habitait chez ses parents avec ses frères et sœurs à la ferme Saint de Villemagne.

De temps en temps, il allait la nuit  rendre visite à une amie qui habitait au village dans la rue de l’Autan.

Pour déjouer la vigilance des sentinelles, il  passait entre l’église et le Château  en empruntant  les sentiers des jardins.

Tard un soir alors que la nuit était très sombre,  à peine eût-il mis les pieds sur la chaussée de la route conduisant au village, que sommations suivies de coups de feux ne firent qu’un.

Un prompt demi-tour, un saut à gauche, un autre à droite ; entouré d’éclairs et d’éclats d’écorces arrachées  par les balles aux châtaigniers qui bordaient le chemin,   François s’enfuit à toute  jambes vers  la ferme; la patrouille  sur les talons.

 

Toute la  maisonnée, fut alignée dans la cuisine, les mains contre les murs. 

L’officier commença par interroger François qui avait des difficultés à se tenir debout.  Tétanisée par la peur, Eugénie la mère  fit un reproche à son  fils,  en précisant la cause de son inconduite. Ce reproche  inattendu et singulier, sauva la famille; la patrouille s’en alla.

 

 La  nuit,  dans le village,  les patrouilles faisaient beaucoup de bruit ; les bottes ferrées des soldats  tenaient mal sur les pavés arrondis des rues  faites de cailloux de récupération. Elles allaient se mettre  en embuscade   en dehors du  village  à la croisée des chemins; celle qui surprit François, était cachée dans le fossé de la route à la hauteur de la ferme  Pratmoulis habitée par la famille Azéma  (entrée actuelle du village).

 

 J. Michel "Passé Défini"

 

La vie à Saissac en 39-45 (3)

« L’ HERMITE » ESPAGNOL              

  

 Au mois d’Avril, un dimanche matin, le hasard voulut, qu’un homme vivant sous un rocher dans la vallée de Lampy, fût  bêtement découvert.

Un charron de Saissac, accompagné du régisseur M. Maurel  de la ferme Massillargues, cherchait de jeunes  frênes  droits  qu’ils voulaient  destiner  à la confection de timons.

Le charron longeait le ruisseau, le régisseur se déplaçait dans la pente  encombrée de végétaux  lorsque, à quelques mètres, il vit un homme assis. Surpris (le bruit d’une cascade  avait couvert  l’arrivée)  l’homme ne chercha pas à s’enfuir. 

 Rentré  à la ferme, le régisseur fit part  à la propriétaire  de la découverte de cet homme, un Espagnol; il  fut signalé à la gendarmerie. Les bergers virent passer les gendarmes, le vélo à la main;  emmenant, celui que l’on appela   «l’Hermite».

Son abri adossé à un rocher et situé près de la cascade dite de Baret,   était protégé d’un côté par un mur en pierre sèche,  il contenait deux ou trois ustensiles de cuisine, des boites, une petite réserve de blé et de la fougère séchée. Le dépôt des déchets  fit penser que l’homme vivait là  depuis plusieurs mois.  Des traces de pas avaient été relevées par le métayer  de la ferme Le Picou.

  Ce dernier sortait parfois la nuit pour tirer les sangliers qui ravageaient les récoltes avec un fusil qu’il n’avait pas rendu.  Son  intérêt  était de  ne rien dire et pourtant, les traces relevées  dans les champs  le  conduisaient toujours  au bord du ruisseau à un endroit appelé «Nado – Grél». 

 

UN COUPLE DE REFUGIES

 

 Quelque mois après, non loin du rocher de « l ‘Hermite », un couple vint se réfugier (sûrement suite à un  accord) dans une cabane  située dans un gros massif de houx qui jouxtait  le côté droit  du chemin conduisant à la ferme Massillargues, au lieu-dit  la «bouissouno».   

Lui, se disait bûcheron (?) En fait,  il   jouait souvent de l’accordéon.

 A la ferme,  on  leur gardait  un peu de pain  sans que le boulanger qui  faisait des tournées  le sache.

 De temps à autre, le couple s’absentait, il ravitaillait  les hommes de la ferme en tabac en échange de menu gibier : lapins, lièvres, perdrix, capturés au piège par deux jeunes frères placés à Massilllargues pour la nourriture. 

La propriétaire Mademoiselle Cau, exploitait la ferme en régie directe.

Au mois de juin 1944, des maquisards vinrent prendre un veau et une génisse, ils étaient venus prendre une vache.

 

 

 

La vie à Saissac en 39-45 (2)

DES ALLEMANDS QUI S’INSTALLENT


Les soldats logeaient  aux anciennes écoles de filles et de garçons, au « Patronage ». 

Pour réduire le temps de la toilette, des groupes d’une dizaine d’hommes gagnaient à tour de rôle les trois lavoirs du village. Le dimanche, des soldats lavaient leur linge de corps, d’autres allaient à la messe;  principalement des officiers. Ils restaient debout pendant  tout le temps de l’office,  tous alignés contre le mur à droite en rentrant dans l’Eglise.
Le Prêtre Albert, qui faisait la quête lui-même,  ne leur tendait pas la Corbeille. 

Les repas étaient préparés dans des grandes marmites (sur foyer à charbon) fixées de part et d’autre d’un   essieu «la roulante». L’une était à la place de la Tour, l’autre à la place de la mairie.
 Des grands récipients étaient utilisés pour transporter la nourriture  aux officiers. La semaine il y avait beaucoup d’activités, exercices, entretien des armes, des chaussures, des habits.

Lors de la traversée du village, les   groupes laissaient une odeur de naphtaline dans leur sillage.

 Les rassemblements se produisaient à la place de la Mairie.

 Les officiers logeaient dans les maisons bourgeoises ; c’était le cas chez les Ançenay.  (3)

 3. Colonel Ançenay officier lancier de la garde de l’impératrice  Eugénie  (Recherches du docteur Jean Michel Saissac).

"Passé défini" de J Michel

 

 

La vie à Saissac en 39-45


DES VILLAGES  OCCUPES

 

 L’occupation des villages était, d’après un gendarme, laissée à la prérogative du Commandant de la place.

A Saissac, des barrières faites de rouleaux de fil de fer barbelé furent posées sur la route aux deux entrées du village.

La barrière  formait une chicane prés de laquelle  une sentinelle veillait  nuit et jour,  le fusil à la bretelle.

La nuit, la garde était renforcée, il y avait deux hommes par poste sur la route.

D’autres endroits  furent surveillés, la nuit seulement ;  il y avait une sentinelle sur la route de Lampy, au départ du chemin de la promenade, une autre à la place de l’église et une à la mairie. Cette dernière gardait les véhicules stationnés derrière le bâtiment, elle  se tenait contre le  mur de la mairie à distance du pont sur lequel passe la route.

La relève de la sentinelle de la promenade se faisait tôt le matin, elle était attendue par des maquisards chargés de récupérer du pain. Ils  laissaient la voiture à la ferme Lacroix, descendaient par le vieux chemin qui rejoignait la route d’ Arfons  à cinquante mètres du  poste gardé la nuit.

 Là, aboutissait à l’angle du mur de la propriété Rousseau  le sentier des jardins dont le départ se situe au centre du village, au déboucher de la rue de la République à  dix mètres à peine de la boulangerie, tenue alors par la famille Mauriès.

Des miches de pain étaient acheminées par le sentier, elles étaient déposées dans un sac de jute grossier  caché à  la tête du sentier.(2)

2.  Cabanel Gilbert.

http://www.lauragais-patrimoine.fr/HISTOIRE/LA%20RESISTANCE/SOUVENIRS-39-45/SOUVENIRS-39-45.html

Soldats

Le Parler fleuri de chez Nous


Le Parler fleuri de chez Nous

 

Recueilli et restitué par Charles Palau

 

Avec l’involontaire et néanmoins aimable collaboration : Des habitants de la Montagne Noire, du Carcassès et même des bords de Garonne, des plaines du Languedoc, des confins de la Méditerranée et des marches des Pyrénées.

De ceux et de celles avec qui j’ai pu discuter de sujets sérieux ou futiles, en tous lieux et en toutes occasions, et qui ont su me faire partager leur amour du « parler de chez nous » Sans oublier la lecture enrichissante des écrivains languedociens, avec une pensée émue pour notre « mestre » incontesté René Nelli qui a su éveiller en nous lycéens de la rue de Verdun, à la fleur de l’âge, le plaisir de parler « la lenga nostro » à un époque où il était bon de la renier.

 

Bramer de l’oc Brama : Braire, mais aussi pleurer à chaudes larmes.

  « Si tu l’avais vu ! il bramait comme une fontaine » Bramadis : coup de gueule

  « Il t’a poussé un bramadis à fendre toutes les vitres des fenêtres ! »

Brassèger.  De l’oc brasseja : Gesticuler. Dans le midi on brassège beaucoup en parlant  «Si tu n’entends pas ce qu’il dit, tu comprends tout, tant il brassèje »

Brave, Bravou, Bravet.  Petit enfant, joli de visage qui attire une sympathie évidente, gentil, aimable, parfois naïf

  « Quel brave petit ! Toujours  à rendre des services ! »

Brêle Une brêle est quelqu'un sans talent, qui rate tout ce qu’il entreprend. Insulte

 « Ce n’est pas avec cette équipe de brêles qu’on va gagner le championnat »

 Brêle de l’arabe Brêle Mule, mulet.

Brico Oc Pas du tout « As-tu dormi cette nuit ? Brico !

Parfois rien de rien  « Brico de brico ! »

Broque. Personne habillée sans aucun goût, par assimilation garçon sans avenir.

 « Il traîne du matin au soir, une vraie broque ! » Variant Branque

Bufa Oc souffler ; L’ange bufarel (ange joufflu) C’est l’ange de la crèche qui souffle dans sa trompe pour annoncer la naissance de Jésus. Qualifie l’enfant qui a des belles « gautes » joues «  Qu’il est beau ce petitou ! On dirait l’ange boufarel »

Le Bufet est le soufflet de forge qui attise les braises « Es pas de pel de bufet » signifie que c’est de très bonne qualité et non pas comme le cuir ridé des soufflets.

Las bufos ou la bufo : Les fesses ou l’opposé Jeu de mots « Lou bent mari (le vent marin) bufo ; maï la bufo de Marie ben pas » Expression de dépit des coqs de village devant l’inanité de leurs efforts.

Bugner ou prendre une Bugne de l’oc Bouïnho ou bôrnho . Bosse, recevoir un coup accidentellement « Tu as encore bugné ta voiture »

Butade  de l’oc Butà, pousser. Une poussée, une bousculade. « Il est encore un peu neci (Niais, idiot, tiré de l’appellation des protestants N C  nouveaux convertis)

Mais parfois il a quelques butades d’intelligence » « Il m’a fichu une butade, que je me suis espatarré  (étalé de tout mon long) au milieu du bal.

Cabolho de l’oc : Jument «  Faï tira que la cabalho se nègo «  Littéralement : Tira la jument se noie ! Signifie continue ! C’est bien !

Cabourd Fou, casse-cou, cinglé. Il cabourdège : Il perd la tête.

«  Regarde-moi ce cabourd avec sa mobylette ; Attention au tournant ! »

Cabusset ou Cabus De l’oc Capusseto : Culbute, roulade. « Ce soir pour me faire belle, je vais faire un cabus dans l’armoire » Elle va se changer.  «  Quand on était petit on faisait des cabusset dans les prés, puis quand on se levait, on avait le vire-vire » On avait la tête qui tournait/ « Faire un cabus » Plonger dans l’eau la tête la première.

Cabusselle Couvercle de casserole ou de marmite. Désigne péjorativement la tête d’une personne. Variante Cabucelle.

Caga de l’oc satisfaire un besoin naturel, faire la grosse commission ; Caguer « Va-t’en caguer à la vigne, mais n’oublie pas de ramener la clé ! «  Expression pour se défaire d’un importun.. Faï caga ou me faî caga (Traduction inutile)

Une cagade ; erreur grossière « S’il n’avait pas fait cette cagade, on aurait gagné la partie «  Un cagadou : lieu d’aisance souvent situé au fond du jardin avec un orifice sur la porte en forme de cœur « Elle a jeté un mégot mal éteint dans le cagadou. Cela a fait une explosion !! A cause de la chaux vive que l’on y verse.

La cagagne La diarrhée, mais aussi la peur «  Il m’a sauté dessus dans la noir. Je t’ai eu une de ces cagagnes » «  Chez nous, la Turista on l’appelle la cagagne.

Le cagarel ou Caganis Se dit du petit dernier, d’une portée de lapin. Par extension le petit dernier d’une famille nombreuse. 

« Dans le ciel » de J Michel

L'ancienne gare


ANCIENNE GARE

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L’ancienne gare de Saissac a été construite vers 1904. Le premier tramway arrive en gare de Saissac, le 10 mai 1905.
L’arrêt complet du trafic a lieu en août 1932.

Le terrain de la gare est aménagé en terrain de sport en 1940, avec terrain de sport, terrain de basket et boulodrome lyonnais.

On garde le souvenir de Rose Callas « chef de gare » à Saissac pendant de nombreuses années.
Une partie de ce terrain est vendu à la « Coopérative laitière et fromagère » créée en 1930.
Terrain récupéré lors du départ de la coopérative à St Denis.
Le local de la gare sert de vestiaire aux équipes de Rugby et de football

Cédé au département pour la construction de l’actuelle gendarmerie.

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Portraits de Saissagais - Valerie et Camille Chavernac


Valérie et Camille Chavernac

Lorsque l'on parlait du Barry d'Aut,
on pensait immédiatement à eux.

Camille, radio amateur,
faisait grésiller toutes les télévisions du quartier.
Valérie, elle, avec sa voix forte,
était entendue deux rues à la ronde.

V chavernac et mr 3

V chavernac et mr 3 1976

V chavernac et mr 2

Chav

V chavernac et mr 1

 

 

L'ancienne Mairie


ANCIENNE MAIRIE

 

L’hôtel de ville primitif se trouvait au coin de la place aux herbes. Il fût démoli, pour cause de ruine, ce qui permit d’agrandir la place.

Dès 1844 un projet de construction est prévu.

1853
A côté des halles il y avait 2 hôtels et cafés. Il s’y tenait foires et marchés. L’esplanade devant la halle servait à garer les charrettes des rouliers qui s’entendaient pour monter le raidillon (Ils attelaient leurs chevaux par 2 jusqu'à la pierre St Denis et revenaient chercher l’autre charrette)

1858 Inauguration de la halle.
Pour un loyer annuel de 10 et 100 f les véhicules et les machines à battre pourront stationner sous la halle. Ils devront toutefois être retirés lorsque la halle est demandée pour une cérémonie publique ou un bal.

1861 Le premier étage est aménagé en mairie.
On y loge le garde municipal. On y installe la justice de paix.

Les halles sont cimentées en 1933.
Elles servent de salle de bal, l’orchestre est juché en hauteur, sur un praticable en bois. Les couples tournent autour du pilier en bois qui soutient la voûte. Les mères assisses autour de la piste, sur des bancs en bois, surveillent attentivement les filles. Des idylles se nouent au milieu du ronron des orchestres « modernes »

Après quelques modifications intérieures, le conseil municipal décide la construction d’une nouvelle mairie plus fonctionnelle.

L’ancien bâtiment est consolidé, on supprime l’ancien pilier, on crée de nouvelles ouvertures, une belle salle des fêtes est inaugurée.

En haut la salle Lagarrigue et ses belles peintures est restaurée et une salle d’exposition est construite.

Armoiries

Halles 2

1981 refection ancienne mairie 2

1981 refection ancienne mairie 1

1981-refection-ancienne-mairie

Mairie 1

La salle André Laguarrigue

La Salle André Laguarrigue

Lagarrigue 4

Lagarrigue 2

Lagarrigue 3

Lagarrigue 5

Lagarrigue 6

Lagarrigue 1

Inaug salle lagarigue

Exposition salle des Fêtes années 50 environ
Si quelqu'un peut nous en dire plus ...

11 Novembre 1994


Il y a 20 ans !

11111994

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Portraits de Saissagais - Pierre Almeida

Pierre Almeida

L'un des tout derniers
résidents de "La Poulerie" à Saissac, il s'installa ensuite avec son
épouse au "Barry d'Aut".

Il était une figure incontournable du terrain de boule où il se rendait tous
les jours avec sa bonne humeur coutumière.

P almeida a une fete du vin

Lors d'une Fête du vin

Boules 2A la pétanque

 

Célébrités à Saissac - Maistre

Célébrités à Saissac

MAISTRE
Par le Dr Jean MICHEL

 

La famille Maistre s'installe à Saissac par le mariage de Jules Maistre de Villeneuvette avec Marie fille d'Edouard Bosc . Jules Maistre appartenait a une famille de drapiers qui possédait la manufacture de Villeneuvette depuis 1803. Ils eurent 5 enfants, Claire, Edouard, Euphémie, Casimir et Paul.

L’ancienne cité industrielle et autonome de Villeneuvette de Clermont fut fondée sous l’impulsion de Colbert en 1677.
Fontaines, aqueduc, canaux déversoirs en cascades, bassins rappellent le Roi-Soleil. Dont une petite place en carré porte le nom. Rien n’y manquait : l’église, l’auberge pour les inspecteurs des draps et les négociants de passage, la glacière sous sa coupole ; les habitations des contre-maîtres et commis dans la grand’rue, les logements rue Bert pour foulonner, tondeurs, pareurs, encoleurs et tisserands. La cité du travail grâce aux prés, vignes, oliviers et champs l’entourant se suffisait à elle-même.
Ce fut le dernier établissement de ce type à survivre, après une réussite qui dura jusqu’aux années 1950.

Maistre1

Paul Maistre va résider à Escourrou, il s'occupera aussi de la manufacture "Jules Maistre et fils" à Villeneuvette . Puis a la mort de Jules Maistre son père en 1909, il va avec son frère Casimir devenir gérant de la société "Les fils de Jules Maistre", transformée enfin en société "Maistre et Cie". Paul Maistre va tomber héroïquement à Verdun en 1916.

Casimir Maistre

Etait donc le petit fils d'Edouard Bosc .Il est très jeune passionné par les explorations et participe ainsi en 1889 avec le docteur Catat à l'exploration d'une partie inconnue de Madagascar cinq ans avant l'occupation de l'île par les troupes françaises.

Casimir Maistre effectue son premier voyage avec le Docteur Catat à Madagascar.
Le compte rendu de ce voyage paraît dans « Le Tour du Monde de 1893. Voyage qui dure de 1889 à 1891.

Maistre2

C'est alors que le comité de l'Afrique Française le choisit pour prendre le commandement de la mission Congo Niger , il a alors 23 ans , c'était en 1892.

Cette mission avait pour but de relier les établissements du Congo et ceux du Soudan. C'était l'époque où les anglais envisageaient d'établir une ligne de chemin de fer entre le Cap et le Caire et les français entre Dakar , Brazzaville et l'Abyssinie et Djibouti .D'où la fameuse affaire de Fachoda et du commandant Marchand qui faillit se terminer tragiquement . Une première mission confiée au colonel Crampel venait d'échouer et avait vu la mort de son chef.

Léon , Joseph, Casimir Maistre prend le départ de Brazzaville avec sous ses ordres 5 européens et une escorte de 60 sénégalais et 120 porteurs. Il va falloir deux ans a Casimir pour parcourir un itinéraire de 5000 Km dont plus de 2000 à pieds dans des régions totalement inconnues.

De l'Oubangui a Garoua grâce à de patientes négociations menées avec les chefs régionaux , il réussit à obtenir des accords d'amitié qui ratifiés par le gouvernement et le parlement nous assurent une primauté sur l'Angleterre et l'Allemagne .Ces droits sont reconnus par la convention de Berlin en 1894.

Ces droits obtenus par la mission Maistre permettent en 1908 un arrangement avec l'Allemagne qui moyennant la cession d'une partie des territoires obtenus par Maistre évite une guerre et nous laisse les mains libres au Maroc.

Les documents scientifiques rapportés par Maistre et ses compagnons (Géologie, astronomie, hydrographie, levée de plans etc. ) Utilisés par les géographes français et étrangers , les nombreux congrès et conférences , donnent à Casimir Maistre une réputation internationale et lui valent de nombreuses distinctions , dont la légion d'honneur à 25 ans qui lui est remise par le ministre Delcassé.

Maistre3

Maistre4

Carte
exécutée d’après les documents de Casimir Maitre

Partis de l’Oubangui,

poste de Kémo, passe chez les Ndris, échange de sang, en
guerre avec les Mandjas. Va chez les Arétous, puis chez les Saras,
dans les marais rencontre les musulmans du Baguirni. Passe chez les Toumoks
puis les Gaberis . Traversée du Logone. Séjour forcé chez les
Lakas, puis retour par la Bénoué, Yola, Ibi et le fleuve Niger.

Maistre5

La paix de Casimir
avec les Mandjias 1892

Maistre6

Attaque du camp par les Mandjas

Maistreville

Il décide en 1950 de revenir a ses souvenirs et note ses mémoires. Il a toujours été en relations d'amitié avec Brazza et Lyautey , ainsi qu'avec les académies de sciences coloniales. Dans sa maison de Montpellier où il se retire , il reste a l'écoute des événements , toujours aussi alerte d'esprit. En 1935 à l'initiative du général Malafosse (fils d'un contremaître de Villeneuvette) Casimir Maistre est nommé sur intervention de Lyautey officier de la légion d'honneur En 1937 le haut-commissaire Boisson inaugure à Garoua au Cameroum un monument rappelant la jonction des missions Maistre et Mizon venues à la rencontre l'une de l'autre .En 1947 un poste stratégique du Tchad est baptisé Maistreville par décret du gouvernement français .Le monument de Garoua a été détruit et seule une plaque de bronze a pu être sauvée grâce à la présence d'esprit de notre ambassadeur .Maistreville se nomme désormais Kelo et sert de dépôt aux "Médecins sans frontières"

Casimir est mort en 1956 à Paris renversé par un véhicule conduit par un noir.

Le drapeau tricolore qui porté par un tirailleur sénégalais a parcouru 5000 Km en tête de la colonne est rentré en France avec de très nombreux objets , armes, ivoires, bracelets et les carnets de notes journalières tachés et délavés par les bourrasques et le soleil. Ces notes ont permis au service géographique de l'armée de dresser une carte exacte de l'itinéraire Congo-Niger.

Ces souvenirs précieux sont toujours entre les mains des héritiers directs de Casimir Maistre.

 

Casimir Maistre directeur de la Manufacture

Et voici qu'en 1895 Casimir disparaît de la scène en pleine notoriété , il va désormais pour obéir aux ordres de son père se consacrer à la gestion des affaires familiales jusqu'en 1950 ou il reviendra à ses souvenirs .

Pour obéir a son père Jules Maistre-Bosc qui l'appelle a l'aide, Casimir abandonne sa vocation. Avec son frère Paul il devient a la mort de son père en 1909 gérant de la société "Les fils de Jules Maistre" transformé en société "Maistre & Cie "

Les deux guerres mondiales allaient étoffer une activité s'effilochant après 1902 ou l'on recensait 300 habitants .Jusqu'en 1939 on y tissa du drap pour la marine et jusqu'en 1943 pour les fantassins. Dès lors la marche devint de plus en plus claudiquante.

Casimir jusqu'en 1950 dirige la manufacture , aidé de son frère Paul (héroïquement tombé à Verdun en 1916) et de son neveu Jean Maistre lui aussi combattant gravement blessé .Casimir, aux qualités de meneur d'hommes, dirige pendant près d'un demi-siècle  (1909 1950) l'entreprise où l'on apprenait à lire , où l'on vivait et on mourait. On y partageait le travail, le gîte, les jardins, les distractions et les fêtes.

Une vie communautaire dans une étonnante abbaye ouvrière ayant élevé le travail en arc de triomphe au dessus de la lourde porte. Villeneuvette eût ses chapelles. Comme le veut le dicton "La laine est catholique, la soie protestante" les gens de messe étaient les plus nombreux. Mais ils y voisinaient en bonne intelligence avec les protestants hollandais ou du R P R (Religion prétendue réformée) . Et c'est là que naquit Pierre Jacques Astruc qui introduisit la franc-maçonnerie en Languedoc.

Bals à Saissac

Bals à Saissac

 

Fêtes et divertissements

Avant la guerre de 1939, pendant la belle saison, il ne se passe point de dimanche qu’on ne festoie, s’amuse et danse. Fêtes locales, patronales ou votives, l’été les pare de toute la rayonnante splendeur de ses journées radieuses et les embellit de la sereine profondeur de ses nuits de velours. Bals en plein vent d’où s’échappent les éclats de rire à pleine bouche, les polkas, le hoquet des canettes qu’on débouche, les gros verres trinquant sur les tables.
Et parmi les chocs des rires et des voix et du vent fugitif dans les ramilles vertes, le bourdonnement aigrelet des cornemuses enrubannées ou le bruissement acidulé de l’accordéon.
1 bal

Le triomphe de l’accordéon

Entre les deux guerres seuls les ménétriers qui ont opté pour l’accordéon diatonique obtiennent un sursis. Paul Bastie de la Colle de 1925 à 1937, Lisou Campanel de Saigne-Villemagne, Tartosal jouent à la demande de l’accordéon ou de la cornemuse.
« Une fois par semaine on se retrouvait dans une campagne où Louisou des Roques ou Paul de la Colle nous faisaient danser au son de leur accordéon. C’est là qu’on pouvait rencontrer des garçons. Quand une fille et un garçon se plaisaient, ce dernier se louait dans la métairie de la fille, pour la voir souvent, mais aussi pour montrer ses mérites et plaire aux parents. »

Pendant la guerre

Les bals étaient interdits, mais partout avaient lieu les « bals clandestins » toujours à la merci d’une dénonciation et d’une descente de la gendarmerie.
A Saissac les dansent avaient lieu chez « Lucien », un simple d’esprit qui habitait à l’actuelle maison de Louise Paule. Le plancher de la maison vibrait pendant les danses, faites au son d’un « pick up » ou d’un phonographe à manivelle.
On dansait au Colombier haut, à Bataillé, à Peyrolemal, à Saint Pierre où 30 à 40 couples se trémoussaient sur la branlante étable des vaches.
A Saigne-Villemagne, les Roques, c’était André Limousis de Bouriac, un cycliste réputé, qui amenait son « fono » sur le porte bagage de son vélo et animait les bals clandestins, au Moulin de Sempel l’on guinchait sur la route.

Musiciens

A Saissac, on garde le souvenir du jeune Tadiotto, accordéoniste de talent, qui disparut pris dans une rafle par les allemands, alors qu’il descendait en vélo à Carcassonne, son « tira buta » sur le dos, prendre des leçons d’accordéon.
Louisou Bousquet jouait dans les campagnes. Mais souvent c’étaient les « pick up » de Bastoul ou d’André Limousis qui animaient les bals. Rodriguez « Michel de la Bastide » à l’accordéon avec Séverin Antolin à la batterie chauffaient les valses, les marches et les javas.

Antolin 1

Après la libération et la Victoire

Les bals ont lieu sous la halle de Saissac, l’orchestre est juché en hauteur, sur un praticable en bois où il a tout juste la place de s’installer.
Les couples tournent autour du pilier en bois de la salle, pas encore dallée.
Les mères assises sur des bancs de bois placés autour de la piste, surveillent attentivement les jeunes filles. Des idylles se nouent au milieu du ronron des orchestres « modernes ».

« Passé Simple » de Jean Michel

Halles 1

Salle des fetes

Extérieur et Intérieur de l'ancienne salle des fêtes

Les 3 légendes du Cabardès - Les cloches des Tours Nègres

            LES CLOCHES DES TOURS NEGRES

 

Tours n gres 1 copie 1

                  L'hiver débutait durement ; depuis les premiers jours de

                  décembre, le verglas, le givre, le gel et la neige avaient

                  transformé la faille escarpée de la gorge de l'Alzau en une

                  splendide nef immaculée et aérienne, contournée et capricieuse.

                  Au fond d'un repli de la gorge, caché à toutes les vues,

                  s'était établi un petit prieuré, dont il ne resta que des

                  ruines, désignées aujourd’hui sous le nom de Tours Nègres de

                  Clary.

                  Elles doivent leur nom à la couleur sombre de leurs pierres

                  qui saillent à peine sur le coloris monotone de la gorge

                  obscure. D'un à-pic rocheux elles dominent le torrent

                  mugissant, comme une forteresse; dans ce site perdu, on est

                  captivé par la solitude effrayante de ces ruines.

                  L'opinion ne s'est pas faite encore sur leur histoire, mais

                  les gens du pays disent que ce fut jadis un prieuré ; et, de

                  fait, cela parait vraisemblable dans ce pays du Cabardès,

                  défriché à fond par les moines, truffé d'Abbayes, de

                  Chartreuses, de monastères, de Prieurés et d'Églises rurales

                  dans les endroits les plus reculés.

                  Ce Prieuré était une dépendance des moines de l'Abbaye voisine

                  de La Bastide, annexe elle-même probablement des Bénédictins

                  de Montolieu, qui avaient, choisi ce site désolé, si propre au

                  recueillement de l'esprit.

                  En cette fin d'année 15. ., les moines de la Bastide

                  s'apprêtaient, comme chaque année, à assister à la messe de

                  minuit dans la chapelle des Tours Nègres : ils trouvaient que

                  la majesté du lieu convenait à la solennité de la Fête de la

                  Nativité:

                  Aucune solitude, aucun désert, aucune autre gorge plus

                  effrayante encore, ou plus distante, ne pouvait mieux convenir

                  à l'état d'âme de ces hommes qui avaient fui la désolation du

                  monde pour chercher au sein de la Nature un peu de repos avant

                  d'atteindre l'éternité.

                  La France était déchirée de la façon la plus affreuse qui se

                  soit vue depuis la Guerre de Cent Ans ; du Tarn à l'Agout, du

                  Sor au Fresquel, de la Garonne à l'Aude, Calvinistes et

                  Catholiques s'égorgeaient ; des bandes de pillards ou

                  d'assassins prenaient parti pour l'un ou pour l'autre,

                  attaquaient les villages ; alors c'était l'agonie des

                  mourants, l'incendie des maisons, le massacre des enfants,

                  puis les pillards repartaient, avec un riche butin. Saissac

                  avait été attaqué mais avait pu repousser les assaillants,

                  grâce à la solidité de ses murs ; mais Cuxac, mal défendu,

                  avait été conquis de haute lutte.

                  Ce soir de Nativité, les moines, assemblés dans la petite

                  chapelle, plongés dans leur méditation, ne pouvaient détacher

                  leur esprit de la folie qui ravageait le monde. Ces hommes

                  simples et rudes, austères et naïfs, ces moines paysans dont

                  la foi était claire et pure, attendaient la mort dans la

                  sérénité de leur retraite : chaque jour, ils rendaient grâce à

                  Dieu des bienfaits qu'Il leur prodiguait, et qui éclataient

                  dans le miracle sans cesse renouvelé de la Terre nourricière.

                  Une tristesse infinie, une pitié indicible, une commisération

                  venaient en eux à l'évocation de l'affreux bouleversement du

                  monde. Ils priaient avec ferveur pour leurs Frères, pour cette

                  humanité souffrante, qui méconnaît la joie de vivre, qui se

                  déchire elle-même, se meurtrit dans la douleur, s'abaisse dans

                  le crime et le péché, s'abîme dans le sang et la boue.

                  Tout cela, cette affreuse soif de tuer et de souffrir leur

                  était incompréhensible ; ils la plaignaient, mais ne savaient

                  la ressentir.

                  Avec le soir, le vent glacé qui dévastait la plaine, dont le

                  rougeoiement des incendies n'arrivait seulement pas jusqu'aux

                  Tours Nègres, cachées dans un repli de rocher, venait de

                  s'abattre. Le silence régnait ; dans la chapelle chauffée,

                  tout n'était, loin du monde, que tiédeur, simplicité et calme.

                  La cloche venait d'égrener ses accents cristallins, appelant

                  les moines dispersés dans le prieuré. Quelques moines, occupés

                  aux cuisines ou à la garde ; les temps n'étaient pas sûrs : se

                  joignirent à leurs Frères avec la paisible tranquillité que

                  donne une longue habitude ; leurs voix, mâles et assurées

                  d'hommes rompus aux travaux de grand air s'élevaient et

                  emplissaient la nef.

                  L'officiant se prosternait devant l'autel. « In nomine Patris…

                  » Le sacristain lançait encore les cloches à toute volée,

                  n'ayant pas vu le prêtre commencer la cérémonie, et l'air

                  glacé amenait leur son cristallin jusqu'à Saissac, immobile

                  sous le givre...

                  Dehors, c'était la paix divine ; l'orée de ce jour où Jésus,

                  le Rédempteur, était venu, emplissait chacun d'espoir. Une

                  trêve se glissait dans tous les coeurs, et dans chaque foyer

                  on priait...

                  Mais, à ce même moment, un petit parti de Calvinistes qui

                  étaient partis de Cuxac à la poursuite d'un chevreuil, se

                  regroupait devant l'entrée du prieuré ; passant dans le ravin

                  de l'Alzau, la cloche cristalline les avait attirés ; amenés

                  par la curiosité, ils s'étaient approchés furtivement ;

                  l'odeur du repas destiné aux moines à l'issue de la messe de

                  minuit mit en appétit ces hommes affamés. S'insinuant par la

                  porte entr'ouverte, dont le gardien était à la messe, ils

                  contemplèrent les moines paisibles et prosternés...

                  « Allons-y les amis, et point de quartier....»

                  Avec un cri épouvantable, les Calvinistes firent irruption

                  dans la chapelle ; aussitôt le sang coula et gicla ; les

                  moines, désarmés et absorbés dans leurs prières, offraient

                  sans résistance leurs têtes aux masses et aux haches.

                  Le sacristain, un peu sourd, n'avait pas réalisé le meurtre et

                  sonnait vigoureusement les cloches ; un Calviniste

                  l'atteignit, lui sectionna le bras d'un coup de hache sur

                  l'épaule, la main resta accrochée à la corde, et le corps

                  tomba inanimé à terre.

                  Le prêtre, encore prosterné à l'autel, agonisait, la tête

                  fracassée.

                  Les Calvinistes, s'étant repu du festin destiné aux moines,

                  mirent le feu aux Tours Nègres après avoir dérobé les objets

                  de quelque valeur, et s'éloignèrent dans la nuit, éclairés par

                  l'incendie qui rougeoyait la neige vierge...

                  Depuis, le prieuré ne s'est pas relevé de ses ruines, qu'il

                  faut savoir découvrir dans le repli d'une gorge de l'Alzau,

                  sous un manteau de lierre, de ronces et de broussailles. Nul

                  ne vit dans ces lieux, dont les paysans s'écartent volontiers.

                  Une malédiction plane sur ces pierres dont on ignorera

                  toujours le secret.

                  Mais les gens du pays assurent que celui qui oserait se

                  risquer, une veille de Noël, à minuit, parmi les ruines,

                  verrait encore le bras levé du sacristain sonnant la cloche

                  une ultime fois, et en entendrait le son cristallin ; on dit

                  que les autres moines sont entrés dans la Paix du Seigneur,

                  mais que le sacristain, pour avoir négligé ce jour-là sa

                  communion journalière et s'être laissé absorbé plus que de

                  raison par les préparatifs du repas, agitera chaque année les

                  cloches à pareille heure, jusqu'à ce qu'il ait enfin reçu une

                  sépulture chrétienne. On prétend aussi que par temps glacé et

                  très clair on entend distinctement les cloches jusqu'à Saissac ;

                  alors, les chrétiens se signent, et prient pour cette âme si

                  tragiquement perdue, pour avoir méconnu qu'on doit être

                  toujours prêt à comparaître devant le Tribunal suprême...

 

 

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